{"id":624,"date":"2020-04-19T16:47:50","date_gmt":"2020-04-19T15:47:50","guid":{"rendered":"http:\/\/mapconcept.fr\/?p=624"},"modified":"2022-04-13T10:54:12","modified_gmt":"2022-04-13T14:54:12","slug":"espaces-concentriques-loeuvre-au-coeur-du-pli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mapconcept.fr\/index.php\/2020\/04\/19\/espaces-concentriques-loeuvre-au-coeur-du-pli\/","title":{"rendered":"Espaces concentriques \/\/ L\u2019oeuvre au c\u0153ur du pli"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mus\u00e9e et patrimoine<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Les structures mus\u00e9ales jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la mise en oeuvre patrimoniale. En effet, le mus\u00e9e dans ses directives premi\u00e8res avant les r\u00e9volutions architecturales et mus\u00e9ographiques du XXe, organisait, prot\u00e9geait et r\u00e9gissait la communication et la conservation d\u2019\u0153uvres patrimoniales acquises. Le mus\u00e9e est un lieu de friction o\u00f9 le patrimoine acquis et le patrimoine latent se confrontent, o\u00f9 le public se retrouve face au pass\u00e9 fig\u00e9 dans le temps (et d\u00e9sormais remis en sc\u00e8ne) pour \u00eatre pr\u00e9sentement vivant. Les architectures mus\u00e9ales sont elles-m\u00eames mus\u00e9ifi\u00e9es par la m\u00eame occasion, devenant signes prometteurs d\u2019\u0153uvres d&rsquo;art et symboles r\u00e9ceptacles d&rsquo;un patrimoine. Le mus\u00e9e d&rsquo;aujourd&rsquo;hui se veut s\u00e9ducteur, atypique et moderne en fa\u00e7ade. L&rsquo;objectif \u00e9tant d&rsquo;attirer le public vers le contenu en lui promettant du divertissement et du d\u00e9paysement. Les architectures mus\u00e9ales contemporaines op\u00e8rent comme des sanctuaires, l\u00e0 o\u00f9 se comm\u00e9more et demeure l&rsquo;ancien. Michel Gu\u00e9rin nous parle du mus\u00e9e comme le lieu o\u00f9 \u00ab\u00a0reste\u00a0\u00bb l&rsquo;oeuvre d&rsquo;art. Ainsi, le latin reliquiae, signifiant \u00ab\u00a0restes\u00a0\u00bb souligne cette tendance \u00e0 la relique et ce besoin intemporel de donner lieu au chose. Dans le cas du mus\u00e9e, cette tendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est flagrante et intentionnelle. Dominique Cl\u00e9venot dans son intervention sur l&rsquo;architecture mus\u00e9ale du Quai Branly a parl\u00e9 \u00ab\u00a0d&rsquo;attraction\u00a0\u00bb et je pense en effet que le mus\u00e9e moderne passe de l&rsquo;attractif \u00e0 l&rsquo;attraction.<br>Cependant, il est indubitable que le patrimoine a depuis longtemps perdu de son charme face aux f\u00eates foraines et \u00e0 Disney land. Le maquillage architectural serait-il une r\u00e9ponse judicieuse au mus\u00e9e? A mon avis, la \u00ab\u00a0monumentalisation\u00a0\u00bb mus\u00e9ale accentue davantage le foss\u00e9 entre le public et l&rsquo;art parce que le d\u00e9s\u00e9quilibre entre espace urbanistique, espace interne creux et espace externe met l&rsquo;initiation \u00e0 l&rsquo;art et le plaisir de la culture sous la cloche du divertissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le principe du monument \u00e9tant justement de placer au dessus des autres via l&rsquo;espace externe. Le mus\u00e9e est-il moteur de r\u00e9flexion ou donneur de le\u00e7on? Le monde dans lequel nous vivons nous informe en permanence de ce que nous devons savoir. Ainsi nous n&rsquo;avons plus le besoin d&rsquo;\u00eatre curieux de conna\u00eetre car savons que les informations importantes parviendront \u00e0 nous. Le mus\u00e9e donneur de le\u00e7on, c&rsquo;est le mus\u00e9e qui nous rappelle que l&rsquo;information n&rsquo;est pas un savoir et qu&rsquo;une culture d&rsquo;informations n&rsquo;est pas une formation de culture. En ce sens, il est source de frustration pour ceux qui n&rsquo;ont pas le temps de se cultiver mais qui en ont juste assez pour s&rsquo;informer. Le monument participe \u00e0 l&rsquo;information et \u00e0 sa diffusion. Pour tout dire, l&rsquo;information c&rsquo;est la culture qui vient vers l&rsquo;individu tandis que la culture c&rsquo;est l&rsquo;individu qui va vers l&rsquo;information. En fait, la visite de mus\u00e9e peut se vivre comme une tromperie ou une arnaque, dans le sens o\u00f9 le mus\u00e9e demeure un lieu de la culture et non de l&rsquo;information comme la biblioth\u00e8que qui donne acc\u00e8s au livre mais ne les lit pas pour vous. Peut-\u00eatre qu&rsquo;en transparence du mot mus\u00e9e, on arrive \u00e0 lire \u00ab\u00a0amusement\u00a0\u00bb cependant il faut savoir que le mus\u00e9e n&rsquo;est pas le lieu de l&rsquo;amusement mais bien le lieu du plaisir. Le plaisir, c&rsquo;est la tentative pour r\u00e9soudre l&rsquo;\u00e9nigmatique par la r\u00e9flexion et la strat\u00e9gie, c&rsquo;est le degr\u00e9 intellectuel (parfois rh\u00e9torique) de l&rsquo;amusement qui fait que le jeu en vaut la chandelle.<br>Le patrimoine est \u00e0 la fois un h\u00e9ritage mais aussi une revendication. Le mus\u00e9e donne lieu d&rsquo;\u00eatre au patrimoine comme la ruine donne lieu d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la relique. Pour \u00ab\u00a0faire patrimoine\u00a0\u00bb, l&rsquo;architecture, les rites, les cultes, les savoir-faire et m\u00eames les couleurs se doivent d&rsquo;\u00eatre actualiser puis \u00ab\u00a0artialiser\u00a0\u00bb ou inversement. C&rsquo;est-\u00e0-dire que la qualification de patrimoine passe par le statut de vestige puis par celui d&rsquo;oeuvre, parfois inversement. Ce sont les deux \u00e9tapes n\u00e9cessaires pour que le patrimoine ait lieu d&rsquo;\u00eatre, d&rsquo;o\u00f9 la mention \u00ab\u00a0Ville d&rsquo;Art et d&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb pour les villes \u00e0 forte incidence patrimoniale. Les monuments patrimoniaux (provient du latin <em>monumentum<\/em>, de <em>moneo<\/em> \u00ab\u00a0se rem\u00e9morer\u00a0\u00bb) sont quant \u00e0 eux des gabarits historiques (souvent architecturaux) qui stratifient les \u00e9poques et mettent en oeuvre un patrimoine contrastant avec un patrimoine latent.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Espaces concentriques<\/h3>\n\n\n\n<p>Les divers dispositifs patrimoniaux dans leurs rapports \u00e0 la communaut\u00e9 ainsi qu&rsquo;\u00e0 la ville via l&rsquo;urbanit\u00e9, la vie citoyenne et l&rsquo;architecture, se r\u00e9partissent \u00e0 travers l&rsquo;espace selon diff\u00e9rentes \u00e9chelles. En effet, le dispositif \u00e9tant vou\u00e9 \u00e0 la prolif\u00e9ration, il est important de d\u00e9finir un cadre structurel (g\u00e9n\u00e9ralement une sc\u00e8ne panoramique) \u00e0 partir duquel les possibles vont s&rsquo;\u00e9panouir. La notion d&rsquo;\u00e9chelle est fondamentale dans notre rapport macroscopique \u00e0 la ville et au patrimoine car c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;espace d\u00e9finit qui engendre un dispositif lambda. Le dispositif agit du proche au lointain, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il a tendance \u00e0 vouloir \u00e9chapper \u00e0 sa condition spatiale, il est englobant, enveloppant et spatialisant. Quant \u00e0 notre exp\u00e9rience de l&rsquo;espace, elle \u00e9volue de proche en proche lors de la d\u00e9ambulation, d\u00e9cryptant jusqu&rsquo;au plus petit espace \u00e0 sensation. Si l&rsquo;on consid\u00e8re que l&rsquo;espace est ce qui remplit le Vide, un espace \u00ab\u00a0plein\u00a0\u00bb se d\u00e9finirait comme \u00ab\u00a0moul\u00e9\u00a0\u00bb dans un autre. En ce sens, il se cr\u00e9e un rapport exponentielle des espaces pleins tant qu&rsquo;il existera un espace endossant la fonction de moule : c&rsquo;est une th\u00e9orie envisageable des espaces concentriques.<br>Le philosophe Michel Gu\u00e9rin, dans son intervention intitul\u00e9 \u00ab\u00a0l&rsquo;oeuvre du lieu\u00a0\u00bb dans le cadre du colloque organis\u00e9 par le laboratoire LLA de Toulouse en Mars 2009 \u00ab\u00a0Architecture mus\u00e9ale: espace de l&rsquo;art et lieu de l&rsquo;oeuvre\u00a0\u00bb articule la notion de lieu autour de la dialectique topos (lieu dans m\u00e9taphysique aristot\u00e9licienne) \/ cora (place et espace en devenir dans la philosophie platonicienne). Il nous dit que l&rsquo;oeuvre a lieu d&rsquo;\u00eatre de part sa vertu intransitive. En effet, l&rsquo;oeuvre est ce qui reste au lieu, ce qui l&rsquo;habite indubitablement, pr\u00e9sente \u00e0 travers diff\u00e9rents modes de sentir et de fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre au monde. Mais au del\u00e0 du lieu en soit, Gu\u00e9rin \u00e9tend son argumentation vers la notion plus g\u00e9n\u00e9rique d&rsquo;espace qui prend, \u00e0 mon sens, toute son ampleur dans la th\u00e9orie des espaces concentriques.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mapconcept.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/image.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-625\"\/><figcaption>Sch\u00e9ma non-exhaustif des espaces concentriques.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En d\u00e9veloppant la notion \u00ab\u00a0topocorr\u00e9tique\u00a0\u00bb de Gu\u00e9rin faisant du lieu un espace en puissance vers les pr\u00e9occupations spatiales de Thierry Deduve qui, avec le r\u00e9f\u00e9rant \u00ab\u00a0\u00e9chelle\u00a0\u00bb (dans la tridimensionnalit\u00e9 lieu &#8211; espace &#8211; \u00e9chelle), permet de d\u00e9duire que le lieu est un espace qui s&rsquo;inscrit dans une diversit\u00e9 spatialisante. En fait, le lieu pour faire lieu h\u00e9rite d&rsquo;un espace identifi\u00e9 lui-m\u00eame lieu en amont. D\u00e8s lors qu&rsquo;un objet se rapporte au monde, il a lieu d&rsquo;\u00eatre ou fait lieu. Ainsi, un lieu en informe un autre et ceci de fa\u00e7on exponentielle. En ajoutant \u00e0 ce principe du lieu (\u00e0 la fois case et r\u00e9ceptacle) la notion d&rsquo;\u00e9chelle, une grammaire s&rsquo;impose pour distinguer les degr\u00e9s qui pontifient les lieux. En ces termes, le concept du non-lieu ne peut pas se disposer dans l&rsquo;espace sinon dans une hypoth\u00e9tique dimension extraspatialisante qui ne serait possible que dans une temporalit\u00e9 r\u00e9versible purement utopique (au del\u00e0 et hors du commun) car \u00ab\u00a0il faut un lieu pour ne plus avoir lieu\u00a0\u00bb nous \u00e9nonce Michel Gu\u00e9rin. La grammaire du lieu, c&rsquo;est l&rsquo;identification \u00ab\u00a0s\u00e9dimentaires\u00a0\u00bb et l&rsquo;intensification des espaces \u00ab\u00a0pli sur pli\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pli par pli\u00a0\u00bb selon la notion de Deleuze comme ensemble d&rsquo;inerrances. C&rsquo;est-\u00e0-dire que le Lieu absolu que l&rsquo;on pourrait qualifier \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle humaine est l&rsquo;Univers dans lequel se dispose \u00e0 l&rsquo;infini (se moule ou se plie en ce qui concerne la po\u00ef\u00e9tique) une s\u00e9dimentation des lieux. Mais s&rsquo;il existe un tel dispositif, je pense qu&rsquo;il tient naturellement d&rsquo;une \u00e9rosion manifeste d&rsquo;une dislocation ou d&rsquo;une fragmentation de l&rsquo;Espace (implosive ou explosive selon le lieu o\u00f9 l&rsquo;on se place), ou du moins d&rsquo;une accumulation. Si la s\u00e9dimentation est en substance la prolif\u00e9ration exponentielle des lieux \u00e0 travers l&rsquo;Univers de l&rsquo;homme, l&rsquo;\u00e9rosion serait le temps qui passe, le d\u00e9nouement du processus cr\u00e9atif en puissance. Le Lieu absolu que repr\u00e9sente l&rsquo;Univers de l&rsquo;Homme se structure d&rsquo;une infinit\u00e9 de lieux jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;endroit, de l&rsquo;imaginaire jusqu&rsquo;\u00e0 la cellule. Dans l&rsquo;imaginaire, le lieu fait corps. Dans le rapport \u00e0 la ville et au patrimoine qui nous int\u00e9resse, j&rsquo;ai r\u00e9duis le nombres d&rsquo;espaces au besoin de cette \u00e9tude \u00e0 savoir en crescendo : <strong>l&rsquo;endroit, le lieu, le site, le paysage, l&rsquo;environnement, le monde, l&rsquo;Espace et l&rsquo;Univers.<\/strong> On pourrait en rajouter une multitude, autant d&rsquo;espaces qu&rsquo;il en existe cependant, avec cette composition spatiale simplifi\u00e9e comportant l&rsquo;endroit et l&rsquo;Univers, les deux extr\u00eames n\u00e9cessaires, le concept tient. Il faut savoir que par analogie, un espace qui en rempli un autre devient un espace dit vulgairement \u00ab\u00a0plein\u00a0\u00bb, moul\u00e9 ou pli\u00e9. Si l&rsquo;on peut parler d&rsquo;espace \u00ab\u00a0plein\u00a0\u00bb, on ne peut pas parler d&rsquo;espace \u00ab\u00a0vide\u00a0\u00bb sachant que l&rsquo;espace est par essence ce qui rempli le Vide lui-m\u00eame espace de l&rsquo;ordre de l&rsquo;endroit. De cette fa\u00e7on on peut dire que le vide est rempli d&rsquo;espace, ce qui nous ram\u00e8ne \u00e0 globaliser de nouveau les localit\u00e9s: on transite donc vers le lieu et ainsi de suite.<br>Dans les espaces concentriques, l&rsquo;endroit est la cellule de l&rsquo;espace, sa composante structurelle universelle comme la cellule biochimique l&rsquo;est pour un corps. A chaque espace moul\u00e9, une nouvelle \u00ab\u00a0couche\u00a0\u00bb spatiale se d\u00e9finit et joue le r\u00f4le de membrane interactive et de moule (en \u00e9cho de l&rsquo;opacit\u00e9 transparence du diaphane chez Aristote, l\u00e0 o\u00f9 il y a r\u00e9sonance mais aussi r\u00e9seau entre les espaces). Par exemple, le lieu se compose d&rsquo;endroits et l&rsquo;espace de l&rsquo;endroit, c&rsquo;est le lieu. L&rsquo;endroit se moule dans le lieu comme le lieu se moule dans le site et ainsi de suite. Ces bases pos\u00e9es, il reste \u00e0 appliquer ce dispositif spatial \u00e0 un cadre sc\u00e9nique. Ce qui revient \u00e0 d\u00e9duire que l&rsquo;endroit, m\u00eame le plus petit qui soit, a le potentiel pour devenir un Univers, tout est une question d&rsquo;\u00e9chelle. Ainsi, \u00e0 chaque dispositif patrimonial, on pourrait appliquer une r\u00e9partition spatiale concentrique \u00e0 travers laquelle on retrouverait les structures, les limites, les d\u00e9finitions et les valeurs qu&rsquo;elle engendre. Dans le cas cette \u00e9tude sur l&rsquo;artialisation du patrimoine, c&rsquo;est principalement l&rsquo;espace architectural au sens le plus large du terme qui nous int\u00e9resse.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;endroit.<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est la cellule structurante des espaces et aussi la plus petite portion d&rsquo;espace macroscopique. L&rsquo;endroit se d\u00e9finit comme une dislocation du lieu dans le sens o\u00f9 il fait empreinte. Il est la projection d&rsquo;un plein dans un espace o\u00f9 s&rsquo;articulent les localit\u00e9s. Le lieu est l&rsquo;espace o\u00f9 prolif\u00e8re l&rsquo;endroit et \u00e0 chaque endroit peut s&rsquo;appliquer un dispositif d&rsquo;espaces concentriques. \u00ab\u00a0Si la notion de site pr\u00e9sent\u00e9e par Thierry Deduve s\u2019\u00e9mancipe sur trois axes principaux (le lieu, l\u2019espace et l\u2019\u00e9chelle), une notion que je pense fondamentale a toujours \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e en suspend : la notion d\u2019endroit. Je suis convaincu du rapport intime et subjectif de la notion d\u2019endroit et de son r\u00f4le socialisant le lieu. Dans le cadre de l\u2019architecture, l\u2019endroit fait partie int\u00e9grante de la pragmatique de l\u2019espace design car c\u2019est l\u2019endroit qui situe l\u2019envers du lieu, comme la dimension cach\u00e9e d\u2019Edward Twitchell Hall.\u00a0\u00bb La notion d&rsquo;endroit est intrins\u00e8que de la notion de territoire. En fait, l&rsquo;endroit constitue les fragments exp\u00e9riment\u00e9es de l&rsquo;espace et s&rsquo;inscrit dans une arch\u00e9ologie du lieu. En ce sens, l&rsquo;endroit est la m\u00e9moire du lieu, comme un g\u00e9nome archa\u00efque structuralisant. Dans la substance, il est l&rsquo;espace manifeste du patrimoine incrust\u00e9e dans la terre. Sa qualit\u00e9 d&#8217;empreinte au sein du lieu fait qu&rsquo;il en est ind\u00e9pendant et donc persistant dans l&rsquo;espace et le temps. L&rsquo;endroit v\u00e9hicule au final un Univers p\u00e9renne existant ou disparu du lieu. En effet, le lieu peut changer, \u00e9voluer, se transformer, l&rsquo;endroit persistera au mieux par la m\u00e9moire du v\u00e9cu. Ce rapport intimiste se retrouve dans l&rsquo;endroit, le paysage et l&rsquo;Univers tandis que les autres espaces demeurent st\u00e9riles \u00e0 la personnalisation, comme \u00e9tiquet\u00e9s. En g\u00e9n\u00e9ral, les espaces impersonnels sont vou\u00e9s \u00e0 th\u00e9\u00e2traliser ceux qui ne le sont pas car ils s&rsquo;imposent comme sc\u00e8nes \u00e0 la vie spatiale; \u00e0 la fois spectaculaire et sensationnelle; rarement d\u00e9cors, souvent dispositif. En somme, l&rsquo;endroit est l&rsquo;ingr\u00e9dient artialisant de l&rsquo;espace car il est le territoire patrimonial, personnel, cr\u00e9atif m\u00eame inventif et m\u00e9morable de l&rsquo;espace.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le lieu<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;espace consensuel par excellence le plus proche de l&rsquo;\u00e9chelle humaine et de la vision panoramique que nous avons du monde. C&rsquo;est l&rsquo;espace de d\u00e9ambulation de l&rsquo;homme. Le lieu conventionne l&rsquo;espace, lui donne une identit\u00e9 et nous permet de nous situer dans le monde. C&rsquo;est un espace-rep\u00e8re avec lequel nous sommes en interaction sans jamais l&rsquo;alt\u00e9rer. Alors que nous investissons l&rsquo;endroit, le lieu m\u00eame s&rsquo;il est de proximit\u00e9, demeure insensible \u00e0 nos actions pour le rendre mall\u00e9able. Dans sa dimension sc\u00e9nique, le lieu est l&rsquo;espace o\u00f9 la diachronie s&rsquo;op\u00e8re. Il est de l&rsquo;ordre du cheminement (ou promenade) alors que l&rsquo;endroit est de l&rsquo;ordre de l&rsquo;errance. En ce qui me concerne, je consid\u00e8re que les espaces de transitions, o\u00f9 r\u00e9ticulaires comme les d\u00e9finit Jacques Fillacier font partie des lieux parce qu&rsquo;ils sont par essence les espaces que l&rsquo;on parcours. Le lieu est \u00e9galement un espace patrimonique acquis de part sa valeur historique \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la patrie l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;endroit pr\u00e9conise une valeur symbolique latente \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;individu ou du groupe d&rsquo;individus. Le lieu est le reste de l&rsquo;endroit, l\u00e0 o\u00f9 acteur et spectateur se rencontrent pour donner lieu \u00e0 l&rsquo;endroit et ainsi \u00e0 l&rsquo;Art.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le site<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;espace qui na\u00eet de la globalisation de deux lieux. Le site est une arborescence et initie la notion de r\u00e9seau. C&rsquo;est l&rsquo;espace qui dispose le mieux car assez proche de l&rsquo;\u00e9chelle humaine. Anne Coquelin dans ses \u00e9crits d\u00e9veloppe cette notion notamment avec le site internet. Patrick Barr\u00e8s parle de \u00ab\u00a0pratiques du site\u00a0\u00bb qui entre compl\u00e8tement dans cette probl\u00e9matique du mouvement, de la d\u00e9ambulation de lieux en lieux, de proches en proches. C&rsquo;est la question des arts vivants et des nouveaux paradigmes plastiques mise en oeuvre dans le dispositif cr\u00e9atif et particuli\u00e8rement dans la po\u00ef\u00e9tique. Le site est une notion fondamentale parce qu&rsquo;il est l&rsquo;espace ou r\u00e9side l&rsquo;oeuvre d&rsquo;art. Il y a oeuvre d&rsquo;art lorsqu&rsquo;il y a site m\u00eame s&rsquo;il y a artialisation d\u00e8s l&rsquo;endroit. C&rsquo;est v\u00e9ritablement dans la dialectique du lieu qu&rsquo;\u00e9merge le site et par la m\u00eame une pratique qui disposerait de diverses localit\u00e9s pour donner lieu \u00e0 l&rsquo;Art contemporain. L&rsquo;Art d&rsquo;aujourd&rsquo;hui h\u00e9rite des pratiques du site, alors qu&rsquo;auparavant, l&rsquo;art s&rsquo;inscrivait dans une pratique du lieu. Le site est de l&rsquo;ordre de l&rsquo;installation et ainsi du dispositif \u00e0 part enti\u00e8re. On pourrait dire que l&rsquo;endroit fait cellule, le lieu fait corps et le site fait sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le paysage<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un espace perceptif panoramique. Le paysage est un espace \u00e9v\u00e9nementiel et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Il n&rsquo;a de persistance que lorsqu&rsquo;on le fige par le biais des techniques de l&rsquo;image existantes. Il est rare et authentique, ne pouvant avoir lieu qu&rsquo;une seule fois. La notion d&rsquo;idiosyncrasie d\u00e9finit justement la relation intime entre le regard initiatique et la perception d&rsquo;un espace \u00e0 contempler sous une facette exclusive et unique o\u00f9 prend forme le paysage. Pour le pays, le paysage est un fragment presque folklorique dans le sens o\u00f9 l&rsquo;autochtone d\u00e9veloppera une autre approche du paysage. C&rsquo;est-\u00e0-dire que les valeurs contemplatives ne seront pas bas\u00e9es sur les m\u00eames crit\u00e8res et que le paysage tire son pouvoir du \u00ab\u00a0jamais-vu\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le pays<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;espace consensuel panoramique. Le pays est born\u00e9 de fronti\u00e8re claires et connues g\u00e9ographiquement. C&rsquo;est un espace topologique en surface de l&rsquo;ordre du \u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0-vu\u00a0\u00bb. Le pays se veut un espace total englobant l&rsquo;infinit\u00e9 de paysages qu&rsquo;il peut potentiellement g\u00e9n\u00e9rer. Il n&rsquo;a de complexit\u00e9 que dans le patrimoine qu&rsquo;il transporte et il s&rsquo;identifie comme l&rsquo;espace o\u00f9 l&rsquo;on voyage (autochtone ou touriste, \u00e0 comprendre le voyage dans le sens de d\u00e9placement d&rsquo;un paysage \u00e0 un autre : le voyage d\u00e9paysant). Dans sa relation \u00e0 l&rsquo;individu et au regard, le pays est un g\u00e9n\u00e9rique spatial qui n&rsquo;est pas visible dans son ensemble d&rsquo;un coup d&rsquo;oeil. C&rsquo;est un espace qui d\u00e9borde de l&rsquo;\u00e9chelle humaine et que le regard humain reconstruit par fragments via les outils de repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;environnement<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;espace qui donne au regard tout ce qui \u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;objet (il faut comprendre la notion d&rsquo;objet comme une entit\u00e9 spatiale). L&rsquo;environnement dispose l&rsquo;objet dans des espaces qui lui sont contigus. C&rsquo;est un espace de mis en tension o\u00f9 les espaces s&rsquo;influencent les uns les autres. Il marque un \u00e9quilibre fragile et une harmonie en p\u00e9ril. L&rsquo;environnement pr\u00e9conise l&rsquo;int\u00e9gration plut\u00f4t que l&rsquo;insertion. En fait, l&rsquo;environnement r\u00e9git des espaces vivants qui tend \u00e0 conserver en l&rsquo;\u00e9tat sous la notion d&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me. Il harmonise les biosph\u00e8res et met en avant les cons\u00e9quences qu&rsquo;un espace peut engendrer sur les plans \u00ab\u00a0vitaux\u00a0\u00bb (dans l&rsquo;absolu de la notion, c&rsquo;est-\u00e0-dire prioritaire).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le monde<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;espace constituant un Univers se renfermant sur lui-m\u00eame \u00e0 une \u00e9chelle donn\u00e9e. Le monde est l&rsquo;entit\u00e9 spatial la plus vaste que l&rsquo;Homme est pu comprendre et appr\u00e9hender. C&rsquo;est un espace qu&rsquo;il veut ma\u00eetriser et qu&rsquo;il r\u00e9investit de fa\u00e7on perp\u00e9tuelle. Le monde est \u00e0 la fois une surface et un id\u00e9al imaginaire ind\u00e9finiment perfectible. Il englobe toutes les probl\u00e9matiques des espaces qu&rsquo;il moule en apportant en plus la question de l&rsquo;\u00eatre et du devenir. Le monde est l&rsquo;espace limite de la cr\u00e9ation ayant le pouvoir de toucher l&rsquo;humanit\u00e9. Il est proche dans l&rsquo;appr\u00e9hension que nous en avons et lointain de part la complexit\u00e9 qu&rsquo;il renferme. Il fait d\u00e9bat et favorise la confrontation et la diversit\u00e9 des id\u00e9es et des imaginaires. Cr\u00e9er un monde revient \u00e0 mettre en place un espace complexe fait d&rsquo;espaces pleins et de vides \u00e0 potentiel. L&rsquo;espace monde est un espace \u00e0 dompter, qui renferme toujours une part de sauvage insaisissable qu&rsquo;il faut tenter de ma\u00eetriser. Le monde est un espace unidirectionnel allant in\u00e9vitablement vers l&rsquo;expansion.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;espace<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est tout ce qui englobe le monde et qui permet de le d\u00e9finir parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas monde. L&rsquo;Espace est la n\u00e9gation du monde et en justifie l&rsquo;existence. Il est transitoire, latent et en aucun cas circonscrit parce qu&rsquo;il ne peut \u00eatre vu en entier. Quelque soit l&rsquo;\u00e9chelle, l&rsquo;Espace ne peut \u00eatre concevable que par aper\u00e7u fragmentaire. Il n&rsquo;a pas vraiment de consistance et demeure volatile. La diff\u00e9rence entre \u00ab\u00a0l&rsquo;espace\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l&rsquo;Espace\u00a0\u00bb c&rsquo;est la notion de vide. En effet, dans l&rsquo;espace, le vide est un plein d&rsquo;espace circonscrit dans un monde identifiable tandis que l&rsquo;Espace est un plein de n\u00e9gation d&rsquo;espace, de n\u00e9ant o\u00f9 tout reste \u00e0 faire (tout d&rsquo;abord cr\u00e9er un monde originel pour cr\u00e9er de l&rsquo;espace).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;univers<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;absolu dans lequel tous les espaces et toutes les formes d&rsquo;existences et de vies sont contraints. Il comporte d&rsquo;une infinit\u00e9 de mondes moul\u00e9e dans l&rsquo;Espace autour d&rsquo;un objet constituant lui-m\u00eame un monde. L&rsquo;Univers transcende l&rsquo;objet et le transforme en dispositif v\u00e9hiculant un concept fort qui fait r\u00e9seau et qui r\u00e9sonne. L&rsquo;Univers est au site ce que le monde est au lieu mais \u00e0 l&rsquo;infini. Parce que l&rsquo;Univers transforme l&rsquo;objet en dispositif, il g\u00e9n\u00e8re substantiellement un imaginaire autour de celui-ci. En fait, l&rsquo;Univers est en perp\u00e9tuelle \u00e9volution, il est instable, \u00e0 la fois extensible et r\u00e9tractable car il n&rsquo;est pas circonscrit \u00e0 l&rsquo;espace. L&rsquo;Univers ne peut \u00eatre appr\u00e9cier ni m\u00eame vu \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle humaine car il ne peut \u00eatre qu&rsquo;imaginer par l&rsquo;homme. Il est le concept de l&rsquo;espace absolu, la limite du sensible.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Cette th\u00e9orie des espaces concentriques fonctionne comme un dispositif spatial qui met en r\u00e9seau les espaces sous forme de territoires. Dans cette r\u00e9flexion, je peux situer l\u2019oeuvre d\u2019art, le lieu de l\u2019oeuvre et la m\u00e9canique spatial qui se met en place lorsque ces deux espaces interagissent. Ces plis d\u2019espaces nous offre un nouveau regard sur notre conception de l\u2019espace, du vide et de l\u2019interaction d\u2019un objet avec son milieu. En tant que designer, ces pr\u00e9occupations font partie des points cruciaux dans la po\u00ef\u00e9tique de l\u2019oeuvre. Ce n\u2019est pas qu\u2019une question purement th\u00e9orique mais une r\u00e9flexion qui nous am\u00e8ne \u00e0 repenser notre mani\u00e8re de concevoir et de voir. L\u2019espace est l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire dans l\u2019acte cr\u00e9atif mais aussi le fondamental \u00e0 comprendre et \u00e0 savoir exploiter.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mus\u00e9e et patrimoine Les structures mus\u00e9ales jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la mise en oeuvre patrimoniale. En effet, le mus\u00e9e dans ses directives premi\u00e8res avant les r\u00e9volutions architecturales et mus\u00e9ographiques du XXe, organisait, prot\u00e9geait et r\u00e9gissait la communication et la conservation d\u2019\u0153uvres patrimoniales acquises. Le mus\u00e9e est un lieu de friction o\u00f9 le patrimoine acquis et le patrimoine latent se confrontent, o\u00f9 le public se retrouve face au pass\u00e9 fig\u00e9 dans le temps (et d\u00e9sormais remis en sc\u00e8ne) pour \u00eatre pr\u00e9sentement vivant. 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